The Rolling Stones – (I Can’t Get No) Satisfaction

Sortez la fanfare, accordez vos guitares, vos basses et embauchez un aveugle pour donner une nouvelle jeunesse à votre piano : Silence Sucks ouvre, et on va vous causer musique. Le concept révolutionnaire que nous avons confectionné ce matin entre 8h04 et 8h06 consiste à vous conter, chaque semaine, l’histoire d’une chanson, d’un album ou d’un artiste. Cela peut vouloir dire vous raconter la façon dont a été conçu un morceau, ou bien se servir d’une chanson pour raconter une anecdote sur le groupe ou le chanteur qui l’interprète, ou bien encore décrypter les paroles et la mélodie de la chose.

Bref, en voilà mon brave Milou un concept élastique qui nous laissera une grande liberté dans la rédaction. Nous essayerons autant que possible de varier les styles, quitte à découvrir de nouveaux morceaux et groupes, afin d’éviter de tomber dans une redondance trop facile.

 

La description du concept étant maintenant chose faite, entrons dans le vif du sujet. Pour ce premier article, j’ai choisi un morceau peu connu d’un groupe qui l’est encore moins : « (I Can’t Get No) Satisfaction » des Rolling Stones.

 

 

« (I Can’t Get No) Satisfaction » est sortie le 6 juin 1965 aux États-Unis et le 20 août de la même année au Royaume-Uni. Le 6 mai 1965 au soir, soit six jours avant l’enregistrement du futur tube, les Rolling Stones rentrent d’un concert pour le moins tendu en Floride. Keith Richards, le légendaire guitariste du groupe, s’endort dans sa chambre du Gulf Motel de Clearwater. Durant la nuit, il se réveille, une mélodie dans le crâne. Dans le noir, il attrape sa guitare et un médiator, puis son magnétophone, et enregistre l’un des plus célèbres riffs de l’histoire. Puis il se rendort. La suite, Richards la raconte dans son livre, Life : « quand je me suis réveillé le matin, la cassette continuait à enregistrer. Je l’ai rembobinée, et il y avait peut-être 30 secondes de « Satisfaction » dans un style très somnolent. Après, soudainement, on entendit le « CLANG » de la guitare et il y a environ 45 minutes de ronflement » .

Bien sûr, cette première ébauche de Satisfaction était loin de ressembler à l’emblème du rock qu’il est aujourd’hui. Mick Jagger, le Jean-Louis Aubert britannique, raconte : « ça ressemblait à un morceau de country joué sur une guitare acoustique. Ça ne sonnait pas comme du rock ». Jagger révèle aussi qu’à son réveil, Richards n’appréciait guère ce morceau, et qu’il n’y avait rien, selon lui, dans son riff qui puisse laisser présager d’un tube.

Mais pour un bon morceau, un riff n’est pas suffisant : il faut aussi une bonne grosse punchline des familles. Bien que la quasi totalité du texte fut écrite par Jagger, Richards est l’auteur d’une des lignes, et non la moindre : « I can’t get no satisfaction » . Le 10 mai, le groupe arrive aux Chess Studios de Chicago. La première version de « (I Can’t Get No) Satisfaction » y voit le jour. Deux jours plus tard, le groupe réenregistre la chanson aux RCA Studios de Los Angeles. Trois changements majeurs sont à noter entre les deux versions : l’accompagnement de Brian Jones à l’harmonica a disparu, le tempo, sous l’impulsion du batteur du groupe Charlie Watts, est plus rock et, enfin et surtout, le riff bénéficie d’une distorsion saturée ajoutée à l’aide d’une Gibson Maestro fuzzbox (leur stock sera totalement écoulé avant la fin de l’année 65 grâce au succès du morceau).

Le groupe était enchanté par le résultat, mais pas Richards. Le morceau est finalement très différent de ce qu’il avait imaginé au départ. Il aurait préféré que le riff soit joué par des cuivres à la place de la guitare saturée, et aurait souhaité une allure plus rhythm and blues au morceau. La version qu’il a eu en tête à l’origine est finalement très proche de celle sortie par Otis Redding.

 

 

Dès sa sortie, le morceau est un énorme succès. Il devient aussi la cible des mouvements anti-rock, notamment à cause de ses paroles parfois interprétées à l’extrême. Ainsi, les détracteurs y voient une apologie du cannabis quand Jagger chante : « but he can’t be a man ’cause he doesn’t smoke, the same cigarettes as me », et se crèvent les tympans en entendant « And I’m trying to make some girl, who tells me baby better come back later next week, cause I’m on a losing streak ».

Plus largement, et avec un recul laissant moins de place à une subjectivité délirante, c’est avant tout à l’ère de surconsommation et ses agents (la pub à outrance, l’information de masse, les écrans omniprésents ; autrement dit aux modèles modernes qui véhiculent la frustration) que les Stones s’attaquent.

Finalement, la chanson a grandement participé à donner au groupe son aura légendaire d’aujourd’hui, comme le résume Mick Jagger : « la chanson nous a fait passer d’un groupe parmi les autres à un énorme, gigantesque groupe ». On ne peut qu’acquiescer. Et espérer qu’ils nous procurent de la satisfaction pour encore longtemps !

Pour aller plus loin :

  • Richards (K.), Life, BackBay Books, 2010, 564 pages.

2 Commentaires

  1. Mazzu - 15 décembre 2014

    Ne savez vous pas qu’il est passible de la peine de mort de comparer Mike Jagger à Jean-Louis Aubert. Vous n’avez qu’à dire, tant que vous y êtes, que John Lennon était le Carlos britanique. Na mé oh !

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