The Pink Floyd – Echoes (Echoes, a space odyssey)

En janvier 1971, les membres des Pink Floyd, après le succès d’Atom Heart Mother et celui de leur tournée américaine et anglaise, se concentrent sur un nouvel album. Ils partent de rien car ne disposent plus de chansons écrites auparavant. Le batteur, Nick Mason, raconte : « nous sommes partis de rien ». Effectivement, chacun des quatre musiciens oeuvre alors de son coté, sans se soucier du travail des trois autres, puis ils mettent en commun leurs résultats. Échec de la méthode d’après Mason : « nous baptisâmes ces notes Nothings 1-24 » . Après quelques semaines, ils recommencent et aboutissent aux Sons of Nothing puis enchaînent brillamment leur manque d’inspiration par The Return of the Son of Nothing ! Cette dernière mouture devient de manière provisoire le titre de leur prochain album. Finalement la chanson est enregistrée dans divers studios de Londres durant l’année 1971 (entre les concerts) pour l’album Meddle. Sorti le 30 octobre 1971 au États-Unis et le 5 novembre en Grande-Bretagne, il reçoit de bonnes critiques.

La première face est assez anecdotique en dehors du vrombissant One of these days où la basse de Waters mène le bal. Echoes quant à elle, format 33 tours oblige, occupe toute la face B du disque.
23 minutes et 31 secondes d’orgasmes pour les oreilles.

Et puis, il y eut une note, une seule, une toute petite note de rien de tout qui allait faire basculer l’assemblage hétéroclite de Return of the Sons of Nothing vers un titre aussi grandiose et magique que sa longueur peut le laisser supposer. Une note de piano, jouée par Rick Wright permet de lancer la machine à composer. Le pianiste déclare dans Mojo magazine qu’il était en train de jouer, quand Roger a demandé d’enregistrer ladite note en la faisant passer dans une cabine Leslie. « C’est ça qui a tout déclenché » affirme Wright. On ne rentrera pas dans le détail de cet étrange et loufoque appareil qu’est la cabine Leslie mais le résultat est que la note ressemble à un son de sonar. L’autre son remarquable de la chanson est le bruit des « mouettes » que l’on entend durant l’interlude. David Gilmour l’obtint un jour d’enregistrement en inversant par mégarde le branchement d’une pédale wah-wah. Signalons qu’Echoes est composée par les quatre membres, une première.

Contrairement à Atom Heart Mother et plus tard Shine on You Crazy Diamond, Echoes n’est pas décomposée en parties mais toutefois, elle est composée de fragments, aisément repérables et qui serviront par ailleurs à l’enregistrement vidéo du concert à Pompéi. Pour Pink Floyd, le morceau est facilement jouable sur scène (normal me direz-vous!) mais après un Atom Heart Mother, extrêmement compliqué à reproduire sur scène – car il requiert notamment de nombreux musiciens additionnels, et les arrangements sont complexes – le groupe a besoin d’un morceau jouable à quatre ayant un côté absolument épique.

 

 

Le morceau est composé somme toute de façon simple à savoir intro, couplet 1, couplet 2, interlude en plusieurs mouvement, couplet 3 puis final.

La chanson démarre, comme une goutte tombe dans un océan de création avant de s’étaler et de prendre toute sa puissance évocatrice. La note semble venir du fin fond des océans, des abysses, comme le laissent à penser les paroles du premier couplet par ailleurs. C’est ce début timide mais puissant qui structure le morceau dans son ensemble. Ce premier et ce deuxième couplet font penser à un voyage onirique où l’on s’éveillerait au fond de la mer, serpentant dans un labyrinthe de corail profond, avant d’être porté par la note sonar de Wright vers la surface. Le deuxième couplet arrive, et nous arrivons sur terre après avoir été propulsé depuis l’océan. Et c’est ici que le cauchemar prend place, l’épreuve à traverser, symbolisée par une section rythmique très carrée. Puis, après les envolées de guitare de Gilmour, qui maîtrise maintenant son art à la perfection, des hurlements stridents d’oiseaux maléfiques se font entendre, ce sont les fameuses « mouettes » suggérées par l’effet que joue Gilmour sur sa gratte. Cette sensation d’errance est chassée progressivement par Rick qui joue d’un orgue aérien et qui semble s’élever progressivement. Mason à la batterie le rejoint bientôt, tout cela gagne de l’ampleur, on a l’impression d’être porté par le son à travers l’espace, loin, très loin… Explosion, guitare, les yeux peuvent s’ouvrir pour contempler la lumière que l’on peut imaginer maintenant, tel un réveil dans un univers sombre et flamboyant à la fois. A la fin du troisième couplet, le son est soufflé, emporté progressivement, et nous revenons à ce que l’on pouvait entendre au début du morceau, comme si le réveil cosmique nous ouvrait l’esprit sur une naissance, dans un cycle qui pourrait s’éterniser.

Echoes est véritablement symbolique d’un équilibre et d’une symbiose absolument parfaits entre les musiciens, tout tient de façon admirable, la clarté de l’arrangement, le son cristallin de l’orgue, tout est en place, solide, intouchable. La quintessence de l’équilibre (Meddle se rapprochant de middle et de medley à la fois), voici comment l’on pourrait surnommer ce morceau.

Côté concerts, le morceau est souvent joué en rappel, pour clore les shows, tandis que One of these days, de la première face de Meddle, ouvre les concerts. De très nombreuses variantes sont proposées au public, dans des versions allant de la quinzaine de minutes à presque trente. Sur certaines versions, le solo de guitare est remplacé par le saxophone du génial Dick Parry, qui tourne avec le groupe en 1973 et 1977 principalement, et qui emploie magnifiquement son instrument lorsque le groupe joue l’intégrale de Dark Side of the Moon et Wish You Were Here. La version passée à la postérité reste sans conteste celle tournée dans l’amphithéâtre de Pompéi en 1971. L’absence de public (mort en l’an 79 à cause du volcan) souligne le cheminement très personnel que peut faire chaque auditeur, en fermant les yeux pour mieux profiter du son planant.

 

« Beyond Jupiter and the infinite »

Peu de temps auparavant, le groupe a aussi refusé à Stanley Kubrick l’usage de l’excellent Atom Heart Mother pour la BO du film Orange Mécanique… Les membres de Pink Floyd ne sont pourtant pas étrangers au cinéma. Leur expérience de musique de films se traduit par l’album More, sorti en 1969, et qui reçut un accueil assez enthousiaste. L’album accompagne le film éponyme, réalisé par Barbet Schroeder en 1969. Pourquoi parler de cela ici ? Tout simplement car Echoes est parfaitement synchronisé avec la dernière partie du film « 2001 Space Odysey » de Stanley Kubrick. Apparemment involontaire d’après Waters, on est en droit de se poser des questions lorsque l’on voit le résultat. Les découpages sont similaires, de même que les sensations.

 

 

Voyages sidéraux, cauchemars, peur, libération, réveil, final, vue sur la naissance, le tout tel un écho justement…. Équilibre encore, harmonie et évasion toujours.

 

Fiche technique du morceau

Artiste : Pink Floyd
Album : Meddle (1971)
Morceau : Echoes
Durée : 23m31
Auteurs-Compositeurs : Roger Waters, David Gilmour, Nick Mason et Rick Wright

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