Simon & Garfunkel – The Sound of Silence

L’auteur se doit d’être honnête envers son lecteur (j’aimerais affirmer que vous êtes plusieurs à me lire, mais je ne veux pas te paraître trop présomptueux). C’est ce devoir d’honnêteté qui m’incite à te dire clairement que je suis un gros fan de la chanson qui fait l’objet de cet article. Je m’engage à essayer de trouver, la prochaine fois, une pure daube sur laquelle cracher à m’en assécher le gosier et ainsi faire le bonheur d’internautes en manque de clashing buzz. Mais aujourd’hui, c’est The Sound of Silence. Alors, respect.

 

The Sound of Silence est sortie le 19 octobre 1964 dans le premier album de Simon & Garfunkel intitulé Wednesday Morning, 3 A.M.. Il s’est vendu à 2000 exemplaires, cela qui est… synonyme d’indifférence générale. Le groupe se sépare, et l’histoire de deux mecs qui veulent percer dans la musique sans y parvenir aurait pu se terminer là.

Mais comme à chaque fois qu’une situation semble désespérée, les Américains entrent en scène. Tom Wilson, Californien de son état, est l’homme qui a produit leur album. Il reste convaincu que la chanson peut être un hit, d’autant plus que plusieurs radios américaines la jouent sur leurs ondes. Sans prévenir Paul Simon et Arthur Garfunkel, il décide de rajouter des instruments électriques et une (trop lourde) percussion au morceau. Nous sommes alors au milieu de l’année 1965, Paul Simon est en Angleterre tandis que son binôme est retourné à la fac. Simon, l’auteur de la chanson, est terrifié par ce qu’il entend à la première écoute de la version électrique de The Sound of Silence. Là où, dans la première version, la mélodie planante de sa seule guitare acoustique épouse à merveille les paroles de son morceau, les arrangements de Wilson sur cette réorchestration créent un décalage qui n’a rien d’artistique. Néanmoins, ce coup marketing permet au duo de se reformer et de sortir dès la fin de l’année 65 leur second album.

 

Paradoxalement, il a souvent été reproché au texte de The Sound of Silence une simplicité adolescente alors même qu’il fut sujet à de nombreuses interprétations. Certains y ont vu une critique de la guerre du Viêt Nam. D’autres un morceau faisant écho à l’assassinant du président Kennedy. En février 2003, Simon & Garfunkel se réunissent pour interpréter le morceau à la cérémonie des Grammy Awards. Cela a été vu comme une critique envers les préparatifs de l’invasion de l’Iraq. Le message est à la fois plus simple et plus universel. Paul Simon le résume ainsi : « personne ne m’écoute, personne n’écoute personne ». En cela, le second couplet peut être vu comme le cœur de la chanson : « j’ai vu dix milles personnes ou peut-être plus, des gens qui causaient sans parler, des gens qui entendaient sans écouter ». Et de rajouter quelques vers plus tard : « le silence se propage comme un cancer ».

Il s’agit donc définitivement d’un texte d’adolescent – Simon a 21 ans lorsqu’il écrit, en six mois, le texte – déçu par le manque de communication, de partage et d’entente entre les gens. Les deux premiers vers du morceau font d’ailleurs référence à ses habitudes de gamin. Il s’enfermait alors dans sa salle de bain, la lumière éteinte, le robinet d’eau en marche (qui était très apaisant pour lui) pour composer avec sa guitare en profitant de l’écho généré par le carrelage. Ainsi, il entame le morceau de cette manière : « Bonjour l’obscurité, ma vieille amie, je suis là pour te parler à nouveau ».

La chanson est aujourd’hui un tube reconnu. En mars 2013, The Sound of Silence est sélectionné par le Congrès des États-Unis pour être conservé au registre national des enregistrements, pour le plus grand bonheur de Garfunkel. Une autre preuve de cette quasi-unanime reconnaissance est apparue lors de la commémoration des 10 ans des attentats du 11 septembre. Sur le site Ground Zero à New York, Paul Simon apparaît seul avec sa guitare et interprète sa chanson en provoquant une émotion que même une vidéo mal encodée sur Youtube peut retranscrire.

 

Alors oui, respect pour cette chanson. Notamment parce que cinquante ans après sa sortie, le texte n’a pas perdu un brin de sa pertinence. Et parce que cinquante après, nous ne pouvons que nous contenter d’écouter des personnes crier : « Silence sucks ! ».

2 Commentaires

  1. Math - 11 mars 2015

    Un article sur « The Boxer » serait bienvenu 🙂 à bon entendeur héhé

  2. Martine - 26 mars 2015

    le son du silence est d’une pureté éternelle, pour toujours !

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