EXUMA, un ovni des îles

Cover Exuma

Parfois on hésite à acheter un album car on ne le connaît pas. Tiens la pochette est belle, je le prends. Ou pas. Pour Exuma, aucune info visible. Un visage torturé qui fait peur et un papillon au dos imitant un visage. C’est quoi cet album ?

Et ben c’est une merveille ! Restée inconnue de nombreuses années malheureusement. Exuma est principalement un homme : McFarlane Gregory Anthony Mackey, né au début des années 1940, aux Bahamas. Car oui, de la musique des Bahamas, nous ne connaissons que peu de choses, et lui en a apporté beaucoup. Guitariste et perfectionniste, doté d’une voix très particulière, il compose en très peu de temps au début des années 70 quelques albums magiques, mêlant musique traditionnelle, prières, rites vaudou et toute la croyance et culture des îles comme les Bahamas ou Haïti.

Avant de sortir son album « Exuma : The Obeah Man» (1), le monsieur est monté à New York au début des années 60 ou il côtoient bon nombre de musiciens folk, qui pullulent alors à Greenwich village. C’est aussi une époque où le légendaire et génial Moondog pouvait être rencontré dans les rues de la Grosse Pomme. Exuma sort en 1970 chez Mercury Record, grâce à Bob Wyld, que Mackey a rencontré à New York. Wyld est persuadé que ce mix de musiques folk et vaudou peut percé et être porté sur la scène. Finalement ça ne sera pas le cas, puisque Exuma ne sera jamais un succès commercial et scénique.

Mais y a quoi dans cet album ? Il suffit de le lancer : un hurlement canin, des percussions en veux-tu en voilà, des cloches qui tintent sans cesse et une guitare acoustique. Ah oui ! La voix ! Hypnotique et envoûtante à la fois.

Chanteur exuma

Les chansons parlent de magie vaudou (Obeah/Obi*) (2), de chamanisme (Dambala, parle d’un serpent, comme si il était invoqué lors d’une transe ; attention aux gros Boum Boum Boum de la grosse caisse). On croise les Lois (ou loas/loa/lwas) qui sont des esprits, tout ça étant dérivé de croyances chrétiennes, que l’on retrouve dans le dernier titre « The Vision », poème de l’auteur adapté du Livre des Révélations. Un petit point sur la chanson Mama Loi Papa Loi – une prêtresse et un prêtre – qui parle de zombies, de démons ; ça fait peur ! Par ailleurs, la mention de Satan et de Shango, dieu du tonnerre, n’encourage pas forcément une écoute des plus sereine les soirs de pleine lune ! Le morceau « You don’t know what’s going on » est peut être le titre le plus accrocheur et le plus simple à écouter d’Exuma, sans doute le plus connu aussi, en tous cas le plus « conventionnel ». Coup de cœur pour les trois premiers titres sur lesquels il ne faut pas hésiter à monter le volume pour profiter de la richesse des sons et percussions.

Anecdote amusante sur cet album : les musiciens additionnels sont parfois crédités avec leur noms mais parfois aussi par des surnoms. Ainsi, pour ne citer qu’eux, Daddy Ya ya est en vérité Bob Wyld lui-même, et Spy Boy thielhelm est en quant à lui Peppy Castro. (3)

Suite à cet album, Exuma (on peut appeler par le titre de l’album l’artiste lui même, allez, pourquoi pas : ) sort Exuma II, et ce la même année que le premier (titre coup de cœur : Baal). Ne souhaitant pas rester chez un gros label, Exuma signe chez Kama Sutra Records pour son album Do Wah Nanny en 1971 et les trois suivants. Il se produit avec de nombreux artistes dans les années 70, promouvant ainsi la culture bahamienne et vaudou. Dans les années 80, déjà retiré dans ses Bahamas natales et souffrant du cœur, Exuma sort Penny Sausage, Universal, Rude Boy et Street Music en 1987. Ces albums reçurent très peu de promotion et sont difficiles à trouver. Parallèlement, il peint. En 1997, il décède dans son sommeil.

Au début des années 2000, son œuvre commence à être réédité : merci pour nous !

 

(1) Pourtant la pochette de l’album est immaculée ; Obeah Man est simplement le titre de la première chanson.

(2) Attention spoiler alert : Obi Wan Kenobi n’est pas un chaman vaudou.

(3) Notons précautionneusement que cela n’a rien à voir avec les dirigeants de Cuba.

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