Fuck U, d’Archive

Fuck U est une chanson du groupe Archive sortie en 2004 sur l’album Noise. Elle raconte… bah cela reste relativement mystérieux. Et ce mystère est au centre de cet article.

Préambule : des paroles d’une violence extrême

L’intégralité du texte du morceau se focalise sur une personne, jamais citée explicitement, que le narrateur démonte avec acharnement mot après mot. L’intérêt ne se trouve pas dans quelconque métaphore ou explication géopolitique inédite, mais bel et bien dans cette violence crue, sans concession ni mesure.

Je ne vais pas me lancer ici dans une traduction complète du texte, mais d’un passage que je trouve révélateur de l’ambiance générale du titre :

« There’s a space left in hell with your name on the seat
With a spike in the chair just to make it complete
When you look at yourself do you see what I see
If you do why the fuck are you looking at me »

« Il y a une place réservée en enfer avec ton nom sur le siège
Avec un pique sur la chaise pour faire bonne mesure
Quand tu te regardes, vois-tu ce que je vois
Si c’est le cas, putain pourquoi tu me regardes ? »

Je vous propose maintenant un petit tour des théories qui pullulent sur le net quant à la cible de ce morceau.

 

Thèse #1 : George W. Bush

La sortie de ce morceau s’inscrit dans un contexte particulier : nous sommes trois ans après les attentats qui ont touché les États-Unis, et le président Bush a commencé à mettre à feu le Moyen-Orient. Au delà de la facilité d’une telle description, qui rechigne à remettre au centre le rôle d’un Dick Chenney par exemple, Bush est l’objet de violentes contestations, de la part des politiques, des artistes et d’une grande partie du monde en général. Pas étonnant alors qu’une partie des fans d’Archive voit en Fuck U un lynchage violent de l’Américain.

Crédibilité : cette théorie me paraît trop facile pour être vraie, d’autant plus que le groupe l’a réfutée à demi mot.

 

Thèse #2 : l’ex

On peut voir une seconde explication dans ce morceau : celle d’un mec qui décline ses quatre vérités à une ex qui, de par son départ, lui a flingué le cœur. Alors le gars en question perd toute notion d’objectivité et transfert sa propre détresse sur les tords présumés de son ex dulcinée.

Crédibilité : de même que pour la thèse #1, le groupe a laissé entendre qu’il ne s’agissait pas du sujet de la chanson.

 

Thèse #3 : lui-même

Reprenons les deux dernières vers du paragraphe précédemment cité :

« Quand tu te regardes, vois-tu ce que je vois
Si c’est le cas, putain pourquoi tu me regardes ? »

Cet effet miroir relatif à ce questionnement peut trouver son explication dans une simple hypothèse : le narrateur se voit dans un miroir et se débecte. Une nouvelle fois, on part du postulat que ce dernier a perdu tout sens de la nuance concernant le sujet de son défouloir, et que cela peut traduire une certaine forme de folie. Ce crachat qu’il s’enverrait dans sa propre figure serait la conséquence d’une forme de dépression qu’il l’amènerait à se déprécier et à se juger – voir condamner – très sévèrement.

 

Thèse #4 : le monde moderne

On a causé de l’absence de nuance, de concession, d’objectivité et de recul. Abordons maintenant ce qui est très présent dans ce morceau : le cynisme. Le rythme monotone et lancinant insufflé aux paroles donne l’impression que le narrateur enchaîne les salves oratoires cinglantes avec habitude et lassitude. Il tape, tape et tape encore sans autre arrière pensée. De là, il est légitime de se demander si la véritable cible de ce morceau n’est pas le morceau lui-même, c’est-à-dire le message de son narrateur : il existe de très gros cons, mais il n’y a rien d’autre à faire que de leur péter métaphoriquement la gueule (la violence physique n’est pas abordée ici, il n’est donc pas du tout question d’agir d’une quelconque façon).

Crier, hurler et passer à autre chose : voilà l’univers de la chanson résumé en quelques mots.

Ainsi, Archive dénoncerait le cynisme ambiant d’un monde gavé par le réalisme extrême et morose que lui impose la société. On peut donc y voir une personne qui a abandonné tout espoir de progrès et d’amélioration et qui se contente de dénoncer des vérités qui n’ont échappé à personne.
Dans un monde où l’on « fuit le bonheur de peur qu’il ne se sauve », la réflexion serait bien sentie.

Crédibilité des thèses #3 et #4 : ces deux dernières thèses me paraissent comme étant les deux plus crédibles. Notons d’ailleurs qu’elles ne s’opposent pas et que la véritable cible de ce morceau pourrait être son narrateur à l’esprit cynique.

 

Thèse #5 : Placebo

Le groupe serait en réalité doté de pouvoir divinatoire qui leur aurait permis de savoir à l’avance le massacre que Placebo allait faire de leur morceau. Du coup, ils l’auraient écrit à l’encontre de ces derniers.

Crédibilité : et pourquoi pas ?!

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