OK COMPUTER, de RADIOHEAD

Pour les trois du fond qui, comme à leur habitude, ne suivent pas, rappelons que Radiohead est un groupe de rock que l’on pourrait qualifier de progressif (ma préférence), alternatif, expérimental voir électro. À lui seul, Radiohead relance l’épineux débat qui cherche sans cesse à définir/redéfinir ces sous-genres du rock. Nous pourrions tenter ici une approche constructive de la question, mais nous ne doutons pas qu’il y aura toujours un pécore de la modernité pour nous susurrer à l’oreille l’intégralité de son vocabulaire anglais faussement branché qui caractérise la musique d’aujourd’hui : « Radiohead ? Mais c’est de l’électro-rock old age où tu chill out sur du BPM plutôt low !  » .

Sorti à l’été 1997, il y a donc de ça 20 ans, OK COMPUTER a rencontré un succès autant commercial que critique et ce dès sa sortie. Ses airs envoûtants et planants parviennent presque à cacher, pendant de courts instants, les différents messages forts que délivre l’album à travers les textes de Thom Yorke. AIRBAG ouvre l’album de façon plutôt légère, exprimant la chance que l’on a d’être en vie malgré tous les accidents que nous aurions pu avoir. Le second titre, PARANOID ANDROID, reflète une idée de la modernité aliénante et destructive chez les gens de notre époque (celle de 1997, mais c’est à se demander si cette idée ne fonctionne pas encore mieux en 2017 !). SUBTERRANEAN HOMESICK ALIEN, dont le titre évoque évidemment le SUBTERRANEAN HOMESICK BLUES de Bob Dylan, parle de cette obsession de la fin des années 1990 pour les Aliens et les soi-disant enlèvements d’humains par ces créatures venues d’ailleurs. Si cette chanson n’est pas dénuée d’humour, elle renvoie tout de même à un certain malaise que l’on peut ressentir et qui nous incite à nous raconter des histoires, et tenter d’échapper à une réalité un peu trop morose. La piste 4, EXIT MUSIC (FOR A FILM) est différente dans son approche puisqu’il s’agit d’une commande faite dans le cadre du film Roméo + Juliette. Yorke exprime ici ce qu’il aurait fait à la place des deux protagonistes, et qui peut se résumer grossièrement ainsi : « on se casse et on envoie chier les autres ».

La suivante, LET DOWN, traite de différentes peurs : l’insécurité, le manque de contrôle ou encore le vide. La sixième piste est peut-être l’une des plus connues de l’album : KARMA POLICE. Elle incite à la bienveillance envers les autres et réconforte les victimes de la société moderne en leur assurant que les salops seront bientôt repris par la police du karma. Thom Yorke résume ainsi simplement le morceau : « c’est une chanson contre les patrons ».

La septième piste de OK Computer se nomme FITTER HAPPIER. Il s’agit d’un genre d’interlude, au piano, sur lequel chante une voix d’ordinateur, un Macintosh appartenant à Thom.

ELECTIONEERING dénonce le consumérisme qui bouffe tout, y compris le travail du groupe, et l’inutilité des politiques face à ce problème qu’ils nourrissent eux-mêmes. La piste suivante, CLIMBING UP THE WALLS évoque nos peurs intérieurs, les plus profondes, celles dont on a peur d’avoir peur et qui, quelque part, sont celles par lesquelles on se définit le plus. NO SURPRISES, avec sa mélodie qui n’est pas sans évoquer une boite à musique de notre enfance, raconte l’histoire d’un individu au bout du bout et qui ne réclame plus rien que du silence et l’absence de nouvelles surprises.

L’avant dernier morceau de l’album, LUCKY, fut initialement écrite pour THE HELP ALBUM, un disque visant à aider les enfants victimes de la guerre, notamment en Bosnie. Enfin, THE TOURIST vient clôturer l’album. Il s’agit du seul morceau de OK Computer à ne pas avoir été écrite pas Thom York mais par Jonny Greenwood. Le morceau raconte la bêtise de touristes visitant dans l’urgence un maximum de choses, sans prendre le temps de les observer vraiment. Il s’agit plus globalement d’une critique de la quantité qui subordonne bien souvent la qualité.

Radiohead a toujours réfuté l’idée selon laquelle OK Computer était un album concept. Néanmoins il ressort des douze pistes une critique acerbe de tout ce qui n’allait pas dans l’air du temps en 1997. La grande force de cet album est qu’aucun de ces constats et aucune de ces critiques n’apparaît comme obsolète vingt ans après.

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