Thick as a Brick – Jethro Tull

Nous sommes en 1971. L’un des plus grands disques de rock sort cette année. Je veux bien sûr parler de Aqualung de Jethro Tull. Le groupe a déjà percé aux US et en Grande-Bretagne dès 1969 avec leur « Living in the Past ». La pochette d’Aqualung montre un clodo dégui-déguelasse souffrant d’une maladie pulmonaire – d’où le nom d’Aqualung et pédophile par dessus le marché ! Mais bref, cet album est à écouter et réécouter en profondeur. Les critiques de l’époque n’en font que des éloges et on les comprend. La première face parle de ce clochard malade, tandis que la deuxième, intitulée « My God », est une critique aussi violente que virulente de la religion. L’organisation structurée de l’album est telle que l’on dit à Ian Anderson – le génial chanteur-flûtiste-guitariste-compositeur-saxophoniste-mandoliniste-trompettiste – que l’album est conceptuel. Pourtant, il n’en est rien.

Ils veulent du concept ? Ils veulent un truc prog ? Ils veulent un truc gonflé à bloc qui a des couilles grosses comme ça ? Un truc tellement surréaliste et drôle qu’on va l’appeler Thick as a Brick (« bête comme ses pieds », à peu de choses près) ? Ils vont l’avoir….

Nous sommes en 1972. Grande année pour le prog. 666 d’Aphrodite’s Child, Trilogy d’ELP, Foxtrot de Genesis, Fragile et surtout Close to the Edge de Yes sortent sur galettes. Excellent millésime, qui n’est complet qu’avec Thick as a Brick, sorti le 3 mars en Grande-Bretagne et le 10 mai au pays de l’Oncle Sam.

L’album est la réponse de Ian Anderson à ceux qui pensaient qu’Aqualung était conceptuel. Là, on a un album pour une chanson ! (Coupée en deux, format 33T oblige.)

La paternité de la chanson est attribuée à Gerald Bostock. Qui est-ce ? Pour trouver la réponse, il faut lire la pochette, en forme de une de journal, le The St. Cleve Chronicle & Linwell Advertiser. Il nous est dit qu’il s’agit d’un garçon de huit ans, peut-être surdoué. L’écrit est un très long, mais alors très long, poème assez critique envers la société anglaise. L’enfant a gagné un concours de poésie mais est disqualifié, et son prix se voit remettre à une autre môme, une certaine Mary Whiteyard, qui a, quant à elle, douze ans et a écrit un poème chrétien. Tiens ! Le thème religieux de la face B d’Aqualung est de retour…

Tout ceci n’est évidemment qu’une farce de Ian Anderson et ses potes. Par ailleurs, avec l’album, un faux journal nous est livré, plein de drôlerie et d’articles en tout genre. Il y a même une critique de leur album faite par eux-mêmes ! La chanson de plus de quarante minutes aurait très bien pu être découpée en plusieurs morceaux, mais Ian Anderson a plutôt fait le choix de toutes les réunir par un pont, et c’est franchement réussi. On reste sur une lignée folk/hard-rock, et ça passe très bien. Il y a quelque chose de particulier qui fait de cet album l’un des plus facilement abordables du prog. Il est simple d’approche et d’écoute, et aussi enivrant qu’une bonne bouteille de rouge vieillie en fût de chêne. Je vous laisse le soin de décortiquer les paroles, assez savoureuses d’ailleurs mais très longues (forcément : 42 minutes, c’est long !). Le tout est cohérent d’un bout à l’autre, tantôt calme, tantôt excité, mais on a tout de même l’impression de suivre le même fil poétique tout au long de la chose.

En live, le groupe a régulièrement produit une partie de la chanson, souvent durant dans les dix minutes quand même.

Alors maintenant, on prend le journal, on regarde , on prend le disque, on l’écoute, et on se tait. Merci pour le garçon de huit ans disqualifié, sacrifié au nom de la bienséance anglaise de mes deux.

Fiche technique du disque

Jethro Tull, Thick as a brick, 1972

Ian Anderson : chant, flûte, guitare acoustique, violon, saxophone, mandoline, trompette

Martin Barre : guitare électrique

Barriemore Barlow : batterie, percussions, timbales

John Evan : piano, orgue Hammond

Jeffrey Hamond-Hamond : basse

+ Vous pouvez consulter les paroles en cliquant ici

Laisser un commentaire